La recherche sur la COVID-19 : l'Institut Pasteur de Lille mobilisé face à la pandémie

La COVID-19 : une maladie déclenchée par un nouveau coronavirus.
Le monde fait face à une crise sanitaire due à la pandémie de COVID-19. Le virus, identifié en janvier 2020, a été nommé SARS-CoV-2. La maladie COVID-19 (pour coronavirus disease 2019) a été qualifiée de pandémie en Mars 2020 par l’organisation mondiale de la santé.

Dès le début de la crise sanitaire, une équipe TASK FORCE COVID-19  réunissant des chercheurs de plusieurs laboratoires de l’Institut Pasteur de Lille s’est mobilisée dans la recherche d’un traitement contre la COVID-19. 

Recherche d’un traitement contre la COVID-19 : l’Institut Pasteur de Lille annonce le recrutement de patients pour son essai clinique.

L’Institut Pasteur de Lille recrute des patients pour son essai clinique THERAPIDE de phase 2/3 visant à mesurer l’efficacité du clofoctol dans la prise en charge précoce des patients COVID et la prévention de l’hospitalisation. L’essai clinique, qui a reçu le label « Priorité Nationale de Recherche » délivré par le CAPNET le 6 Avril 2021 est réalisé en ambulatoire par environ 40 médecins généralistes des Hauts de France

Après plusieurs mois de recherche et grâce au soutien de donateurs, d’entreprises mécènes et du conseil régional des Hauts-de-France, les équipes de l’Institut Pasteur de Lille (CNRS, Inserm, Université de Lille, CHU de Lille), en collaboration avec la start-up Apteeus ont identifié, au sein de leur chimiothèque, une molécule particulièrement puissante contre le SARS-CoV-2. Les tests in vitro ont montré l’efficacité de cette molécule pour inhiber la réplication du virus. Il s’agit d’un médicament commercialisé en Europe et ayant déjà eu une autorisation de mise sur le marché en France dans une autre indication. Il pourrait donc être repositionné comme traitement de la COVID-19.

Les chercheurs et chercheuses, en collaboration avec des cliniciens infectiologues, statisticiens et médecins généralistes des Hauts-de-France, ont donc conçu un essai clinique pour tester ce traitement expérimental dans la prise en charge précoce des patients COVID, en double aveugle contre placebo. Au regard de l’urgence, l’Institut Pasteur de Lille a sollicité le Comité Ad hoc de Pilotage National des Essais Thérapeutiques (CAPNET), qui s’appuie sur les évaluations scientifiques et méthodologiques réalisées par le Conseil Scientifique de REACTing, pour délivrer un label de « Priorité nationale de recherche » aux études à fort impact potentiel. Le CAPNET a accordé le mercredi 7 avril le label Priorité de Recherche Nationale au projet THERAPIDE. Ce label permet notamment l’accès exclusif à une procédure accélérée d’évaluation du dossier d’autorisation règlementaire par le Comité de Protection des Personnes (CPP) et l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM).

Le 10 juin, l’ANSM a émis un avis favorable après celui du CPP. L’essai clinique va pouvoir démarrer, toute la logistique est prête. Le déploiement se fera localité par localité. Les critères d’inclusion sont définis dans le protocole de l’essai qui a été validé par le CPP et l’ANSM, à savoir : un test positif récent, avoir plus de 50 ans, avoir au moins un symptôme et ne pas avoir été vacciné.

Dès le 14 juin : ouverture de 5 centres soit 7 médecins investigateurs  dans les localités suivantes : Senlis, Maubeuge, Chateau-Thierry et Lille.
A partir du 21 juin : d’autres sites seront ouverts dans les Hauts-de France. Une carte des localités dans lesquelles l’essai est actif sera publiée et régulièrement mise à jour.

L’Institut Pasteur de Lille a mis en œuvre tous les moyens pour accélérer cet essai grâce notamment à la collaboration de nombreux médecins généralistes qui assureront l’investigation clinique au domicile des patients, ainsi que des laboratoires de biologie médicale répartis sur le territoire des Hauts-de-France.

Par ailleurs, les médecins généralistes qui seraient désireux de participer peuvent nous contacter par email medecin.therapide@pasteur-lille.fr. Pour les médecins qui n’auraient pas une grande expérience de recherche clinique, ils bénéficieront d’une formation qualifiante aux Bonnes Pratiques Cliniques sous forme d’un « serious game ».

« Cette mobilisation très rapide a été rendue possible grâce aux dons, sans lesquels nous n’aurions pas eu la même efficacité dans nos recherches. Aujourd’hui, ces projets ne sont pas terminés. Nous avons passé avec succès un ensemble de jalons scientifiques qui nous engagent à aller plus loin. Il nous faut donc continuer à collecter des dons pour aboutir à un traitement. »

Votre soutien est plus que précieux pour aller au bout de nos recherches et trouver un traitement contre la COVID-19.

Soutenez la recherche

Les chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille mobilisés contre la COVID-19.

Une équipe réunissant plus de 30 chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille (CNRS, Inserm, Université de Lille, CHU de Lille et Apteeus) s’est formée pour tenter de trouver un traitement contre la COVID-19.

  1. Identifier des médicaments repositionnables capables d’inhiber le virus SARS-CoV-2

L’objectif est d’identifier des médicaments «repositionnables» capables de contrôler la réplication du virus et de réduire la pathologie associée à l’infection par le SARS-CoV-2, l’agent étiologique de la  COVID-19 (Coronavirus Disease 19). L’objectif final est de tester les candidats médicaments chez l’homme dans le cadre d’un essai clinique en lien avec les médecins.

La TASK FORCE COVID-19 de l’Institut Pasteur de Lille s’est concentrée sur l’identification de molécules ou de combinaisons de molécules pouvant inhiber le virus, en collaboration avec la société APTEEUS. Plus de 2 000 molécules ont été testées. Ce criblage a été une expérimentation complexe, coûteuse, et étalée sur plusieurs mois. Les premiers résultats, combinés aux résultats communiqués par d’autres instituts de recherche en Europe et dans le monde, ont permis de concevoir de nouvelles combinaisons particulièrement intéressantes. L’automatisation du laboratoire de haute sécurité de l’Institut Pasteur de Lille a permis de procéder très rapidement à des tests sur ces milliers de molécules.

Les chercheurs ont ainsi testé des principes actifs déjà utilisés pour d’autres maladies et qui pourraient répondre efficacement contre la COVID-19. Une molécule a été identifiée comme particulièrement efficace contre le SARS-CoV-2. Une série d’essais concluants a ensuite été réalisée dans des modèles précliniques. La prochaine étape est l’essai clinique. Ce dernier permettra de vérifier l’efficacité du traitement chez l’homme. Le 10 Juin 2021, l’ANSM a émis un avis favorable après celui du CPP. L’essai clinique a donc pu démarrer. Les premiers résultats devraient être disponibles dans les mois qui viennent.

 

  1. Identifier un médicament capable d’inhiber une grande partie des coronavirus

L’objectif est d’identifier un candidat médicament capable de contrôler un maximum de coronavirus potentiellement pathogènes pour l’homme.

Les coronavirus provoquent des maladies allant d’un simple rhume (certains virus saisonniers sont des coronavirus) à des pathologies plus sévères comme le syndrome de détresse respiratoire aiguë. L’émergence récente de coronavirus hautement pathogènes, à savoir le SARS-CoV (coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère), le MERS-CoV (coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient) et maintenant le SARS-CoV-2 suggère que de futures épidémies sont possibles. Un autre objectif de la TASK FORCE COVID-19 est de trouver les armes thérapeutiques pour lutter contre ces virus en ciblant des constituants conservés chez ces derniers. « Pour cela, il est essentiel de mieux comprendre comment ces virus exploitent la machinerie cellulaire pour leur propagation » explique le Dr Jean Dubuisson, directeur du Centre d’Infection et d’Immunité de Lille.

Spécialiste de la virologie moléculaire et cellulaire, Jean Dubuisson et son équipe travaillent depuis plusieurs années sur les coronavirus. Leurs recherches visent à mieux comprendre le cycle viral des coronavirus afin d’identifier des cibles thérapeutiques. « Il est important de trouver un traitement car nous pensons que d’autres épidémies de ce type pourraient survenir » précise le Dr Sandrine Belouzard. De nouveaux antiviraux sont indispensables pour combattre les futures épidémies. Parallèlement à la recherche de médicaments repositionnables, la recherche de nouvelles molécules capables de cibler des constituants essentiels au fonctionnement des coronavirus a débuté. L’une des stratégies consiste à s’attaquer à la protéase 3CL,  un constituant essentiel des virus, exprimée sous des formes proches par les membres de la famille des coronavirus. Les molécules sont conçues pour inhiber toutes les formes connues de la protéase, et pourront donc être utilisées contre la COVID-19 mais également contre de futurs coronavirus émergents. Dans ce contexte, le Dr Yves Rouillé (Centre d’Infection et d’Immunité de Lille) a récemment mis au point un nouvel outil pour faciliter le criblage à grande échelle de collections de molécules à tester pour leur activité antivirale potentielle. Le groupe de Karine Séron (Centre d’Infection et d’Immunité de Lille) cherche à identifier de nouveaux antiviraux à partir d’extraits de plantes. « En effet, les plantes sont une source de molécules pouvant avoir des activités antivirales intéressantes » nous explique la chercheuse. Une fois les extraits identifiés, les principes actifs peuvent être isolés par fractionnement bio-guidés. Le groupe espère découvrir de nouvelles molécules antivirales ciblant différents étapes du cycle infectieux du SARS-CoV-2. Pour ces travaux, l’Institut Pasteur de Lille utilise les technologies les plus modernes et les outils de la chimie médicinale, de la biologie structurale, et de la génomique. Ces nouveaux médicaments nécessiteront un développement préclinique puis des essais cliniques chez l’homme.

 

  1. Repositionner un vecteur vaccinal contre le SARS-CoV-2 

L’objectif est de développer un candidat vaccin spécifique au nouveau coronavirus SARS-CoV-2 en intégrant des antigènes soigneusement sélectionnés.

On estime qu’il faudra une immunité collective d’environ 70% de la population pour que le virus arrête ou diminue sa dynamique de circulation. « C’est pour cela qu’il est très important de trouver un vaccin pour augmenter l’immunité collective » explique le Dr Camille Locht du Centre d’Infection et d’Immunité de Lille. L’équipe  de ce chercheur a développé une approche originale en se basant sur un nouveau vaccin contre la coqueluche, autre maladie respiratoire causée par une bactérie. Ce vaccin est un vaccin vivant atténué applicable par voie nasale. Il est actuellement au stade de développement clinique phase 2 et a montré sa sécurité et son efficacité contre l’infection par le germe de la coqueluche. Par ailleurs, de nombreuses études précliniques ont montré que ce vaccin a des propriétés anti-inflammatoires. « Il est aussi capable de protéger de manière non-spécifique contre d’autres agents responsables de maladies respiratoires, tels que le virus de la grippe ou le virus respiratoire syncytial » souligne le Dr Camille Locht. L’originalité de cette approche consiste à combiner les propriétés anti-inflammatoires de ce candidat vaccin avec sa capacité d’induire des réponses immunitaires locales dans les voies respiratoires, porte d’entrée du SARS-CoV-2. Ce vaccin vivant nasal est maintenant modifié pour permettre de présenter de façon optimale des antigènes du virus SARS-CoV-2 au sein de la muqueuse respiratoire. Après administration par spray nasal, ce vaccin devrait induire des réponses cellulaires puissantes permettant de nous protéger contre le virus, y compris ses nouveaux variants. Plusieurs constructions ont déjà été réalisées et les plus prometteuses font actuellement l’objet d’évaluation précliniques. 

 

  1. Modèles précliniques de COVID-19

L’objectif est de développer des modèles précliniques pertinents de COVID-19 afin de mieux comprendre la physiopathologie de la maladie et de tester l’efficacité des médicaments.

L’équipe du Dr François Trottein (Centre d’Infection et d’Immunité de Lille) développe des modèles précliniques de COVID-19 en intégrant notamment certains aspects de la comorbidité (dyslipidémie) et l’âge. Le rôle potentiel de la sénescence cellulaire est étudié (SENOCOVID). Par ailleurs, l’équipe de Florence Pinet (INSERM UMR1167) s’intéresse aux conséquences de l’infection sur les fonctions cardiaques (COVID HEART). Ces projets sont soutenus par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Parmi les thématiques développées au sein du campus Pasteur Lille, les chercheurs souhaitent comprendre le rôle du microbiote intestinal sur la sévérité de la maladie. Celui-ci est bien décrit pour sa capacité à influencer les réponses immunitaires et inflammatoires. Par contre l’influence de l’infection sur ces propriétés est peu connue. « Etudier le microbiote intestinal dans le cadre de la COVID-19 est important pour deux raisons » nous explique François Trottein. « Il est possible que des dysbioses liées aux comorbidités soient en partie responsables de la sévérité de la maladie. Par ailleurs, le virus pourrait directement ou indirectement influencer les fonctions du microbiote intestinal et ainsi altérer l’homéostasie intestinale (perte de la barrière) et favoriser la dissémination des bactéries, exacerbant ainsi l’orage cytokinique». Les travaux récents de l’équipe montrent que le virus SARS-CoV-2 perturbe fortement la composition et l’activité métabolique du microbiote intestinal. « L’idée est de manipuler ce microbiote à l’aide de compléments alimentaires, de prébiotiques ou de probiotiques pour mieux nous armer face à l’infection » termine le chercheur.

Visite de la ministre de la Recherche à l’Institut Pasteur de Lille – Jeudi 28 mai 2020

Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, était jeudi 28 mai à l’Institut Pasteur de Lille pour rencontrer la TASK FORCE COVID-19 et saluer l’engagement et la mobilisation des chercheurs.
visite ministre vidal covid19 institut pasteur lille

Les travaux de l'Institut Pasteur de Lille sur les coronavirus

L’équipe du Dr Jean Dubuisson travaille depuis plusieurs années sur les coronavirus, comme le MERS. Les recherches visent à caractériser les interactions des coronavirus avec les cellules afin de mieux comprendre leur cycle viral et de pouvoir identifier des cibles antivirales. Cette stratégie pourrait déboucher sur la découverte de médicaments innovants contre les coronavirus émergents.

L’Institut Pasteur de Lille travaille sur le repositionnement de molécules en utilisant des molécules déjà utilisées pour d’autres maladies et qui pourraient apporter une réponse thérapeutique pour ce nouveau coronavirus. Leurs travaux devraient permettre d’accélérer la mise au point de traitements et stopper la pandémie. 

Sandrine Belouzard explique « Nous avons sélectionné des molécules antivirales et les avons testées sur le virus MERS-CoV qui est aussi un coronavirus. Il est essentiel de développer des médicaments antiviraux jusqu’à ce que le vaccin soit prêt. Nous étudions comment cet agent pathogène – apparu au Moyen-Orient – entre dans la cellule et en ressort. La compréhension de ce mécanisme est très précieuse pour se faire une idée précise du mode opératoire du SARS-CoV-2, l’agent de la COVID-19. »

Les coronavirus sont de grands virus à ARN à brin positif appartenant à la famille des Coronaviridae. Ils englobent un grand nombre d’espèces infectant un large éventail d’espèces animales. Les coronavirus humains sont responsables de nombreux cas de rhume banal saisonnier, dont l’impact économique et social est probablement sous-estimé.

De plus, les coronavirus humains qui sont généralement associés à des maladies bénignes peuvent provoquer de graves infections des voies respiratoires dans des populations fragiles (nouveau-nés, personnes âgées, personnes présentant des comorbidités (obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires) et personnes immunodéprimées). Les coronavirus animaux sont souvent très infectieux et sont principalement responsables des maladies entériques et respiratoires chez les animaux domestiques. Leurs taux de mortalité élevés entraînent une charge économique mondiale importante. Jusqu’en 2003, les coronavirus n’étaient pas considérés comme une menace majeure pour la santé humaine.

La situation a changé depuis lors, avec l’émergence de coronavirus hautement pathogènes, à savoir le SRAS-CoV en 2002-2003, le MERS-CoV en 2012 et le SARS-CoV-2 en 2019. Ces trois coronavirus ont émergé de réservoirs zoonotiques et ils provoquent souvent des infections respiratoires mortelles chez l’homme. L’identification récente de plusieurs milliers de coronavirus chez les chauves-souris suggère que d’autres virus de cette famille pourraient également émerger en tant que nouveaux agents pathogènes humains. En l’absence de traitement spécifique, il est essentiel de mieux comprendre comment ces virus exploitent la machinerie cellulaire pour leur propagation afin d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.

Les objectifs actuels de l’équipe sont (i) d’étudier les mécanismes d’entrée et d’assemblage des coronavirus avec un accent particulier sur le MERS-CoV et le SARS-CoV-2, (ii) d’identifier de nouveaux facteurs hôtes impliqués dans le cycle infectieux des coronavirus et (iii) d’identifier et de caractériser de nouvelles molécules antivirales. Outre une meilleure compréhension du cycle de vie des coronavirus, ce programme de recherche a un objectif clairement affiché de développer de nouveaux traitements contre ces virus émergents.

Les experts de l’Institut Pasteur de Lille :

  • Sandrine Belouzard – Virologie moléculaire et cellulaire des coronavirus – CIIL
  • Dr Anne Goffard – Virologie moléculaire et cellulaire des coronavirus – CIIL
  • Dr Karin Séron – Virologie moléculaire et cellulaire des coronavirus – CIIL
  • Dr Jean Dubuisson – Virologie moléculaire et cellulaire des coronavirus – CIIL
  • Pr Benoît Déprez – Directeur Scientifique et Directeur du Drug Discovery Center
  • Pr Daniel Camus – Médecin au Centre de prévention et d’éducation pour la santé de l’Institut Pasteur de Lille

Contacts chercheurs et médias : presse@pasteur-lille.fr

 

Copyright © 2020 Institut Pasteur de Lille – Fondation reconnue d’utilité publique – Crédit photos : Barbara Grossman et Institut Pasteur de Lille –  Mentions légalesRespect de la vie privée