La recherche sur la COVID-19 : l'Institut Pasteur de Lille mobilisé face à la pandémie

La COVID-19 : une maladie déclenchée par un nouveau coronavirus.
Le monde fait face à une crise sanitaire due à la pandémie de COVID-19. Plus de 50 millions de personnes ont été diagnostiquées à ce jour dans le monde et 1.3 millions de décès sont à déplorer. Le virus, identifié en janvier 2020, a été nommé SARS-CoV-2. La maladie COVID-19 (pour coronavirus disease 2019) a été qualifiée de pandémie en Mars 2020 par l’organisation mondiale de la santé.

Dès le début de la crise sanitaire, une équipe TASK FORCE COVID-19  réunissant des chercheurs de plusieurs laboratoires de l’Institut Pasteur de Lille s’est mobilisée dans la recherche d’un traitement contre la COVID-19. 

L’Institut Pasteur de Lille avance dans la recherche contre la COVID-19. 

– Mise à jour le 18/11/2020

« Une molécule particulièrement efficace contre le virus »

Dans un entretien récent, le Pr Benoit Déprez (directeur scientifique de l’Institut Pasteur de Lille) a fait état des avancées de la recherche contre la COVID-19 avec notamment la découverte d’une molécule particulièrement efficace contre le SARS-CoV-2, ce qui laisse entrevoir l’espoir d’un traitement rapide.

«Dès le début de la crise, notre équipe TASK FORCE COVID-19 a testé plus de 2 000 molécules présélectionnées par la startup Apteeus, implantée sur le site de l’Institut Pasteur de Lille. Au début de l’été, l’une d’elle s’est révélée particulièrement puissante contre le virus et fait depuis l’objet d’études plus approfondies. Cette molécule dispose déjà d’une autorisation de mise sur le marché. Son utilisation pourrait être rapide. Des premiers essais chez l’homme sont envisagés pour le début de l’année 2021».

« Cette mobilisation très rapide a été rendue possible grâce aux dons, sans lesquels nous n’aurions pas eu la même efficacité dans nos recherches. Aujourd’hui, ces projets ne sont pas terminés. Nous avons passé avec succès un ensemble de jalons scientifiques qui nous engagent à aller plus loin. Il nous faut donc continuer à collecter des dons pour aboutir à un traitement. »

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Les chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille plus que jamais mobilisés.

Une équipe réunissant plus de 30 chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille (CNRS, Inserm, Université de Lille, CHU de Lille et Apteeus) s’est formée pour trouver un traitement contre la COVID-19.

  1. Identifier des médicaments capables d’inhiber le virus SARS-CoV-2

L’objectif est d’identifier des médicaments «repositionnables» capables de contrôler la réplication du virus et démarrer au plus vite un essai clinique en lien avec les médecins.

La TASK FORCE COVID-19 de l’Institut Pasteur de Lille s’est concentrée sur l’identification de molécules ou de combinaisons de molécules pouvant inhiber le virus, en collaboration avec la société APTEEUS. Plus de 2 000 molécules ont été testées. Ce criblage a été une expérimentation complexe, coûteuse, et étalée sur plusieurs mois. Les premiers résultats, combinés aux résultats communiqués par d’autres instituts de recherche en Europe et dans le monde, ont permis de concevoir de nouvelles combinaisons particulièrement intéressantes. L’automatisation du laboratoire de haute sécurité de l’Institut Pasteur de Lille a permis de procéder très rapidement à des tests sur ces milliers de combinaisons.

Les chercheurs ont ainsi testé des principes actifs déjà utilisés pour d’autres maladies et qui pourraient répondre efficacement contre la COVID-19. Une molécule a été identifiée comme particulièrement efficace contre le SARS-CoV-2. Une série d’essais concluants a ensuite été réalisée, suivant un protocole très strict. La prochaine étape est l’essai préclinique puis l’essai clinique. Ce dernier permettra de vérifier, en l’espace de quelques semaines, l’efficacité du traitement chez l’homme, notamment chez les personnes présentant un cas de Covid grave. Ces essais devraient débuter début 2021. 

  1. Identifier un médicament capable d’inhiber une grande partie des coronavirus

L’objectif est d’identifier un candidat médicament capable de contrôler un maximum de coronavirus potentiellement pathogènes pour l’homme.

Les coronavirus provoquent des maladies allant d’un simple rhume (certains virus saisonniers sont des coronavirus) à des pathologies plus sévères comme le syndrome de détresse respiratoire aiguë. L’émergence récente (2003) de coronavirus hautement pathogènes, à savoir le SRAS-CoV (coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère), le MERS-CoV (coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient) et maintenant le SARS-CoV-2 suggère que de futures épidémies sont possibles. Un autre objectif de la TASK FORCE COVID-19 est de trouver les armes thérapeutiques pour lutter contre ces virus en ciblant des constituants conservés chez ces derniers. « Pour cela, il est essentiel de mieux comprendre comment ces virus exploitent la machinerie cellulaire pour leur propagation » explique le Dr Jean Dubuisson, directeur du Centre d’Infection et d’Immunité de Lille.

Spécialiste de la virologie moléculaire et cellulaire, Jean Dubuisson et son équipe travaillent depuis plusieurs années sur les coronavirus. Leurs recherches visent à mieux comprendre le cycle viral des coronavirus afin d’identifier des cibles thérapeutiques. « Il est important de trouver un traitement car nous pensons que d’autres épidémies de ce type pourraient survenir » précise le Dr Sandrine Belouzard. De nouveaux antiviraux sont indispensables pour combattre les futures épidémies. Parallèlement à la recherche de médicaments repositionnables, la recherche de nouvelles molécules capables de cibler des constituants essentiels au fonctionnement des coronavirus a débuté. L’une des stratégies consiste à s’attaquer à la protéase 3CL,  un constituant essentiel des virus, exprimée sous des formes proches par les membres de la famille des coronavirus. Les molécules sont conçues pour inhiber toutes les formes connues de la protéase, et pourront donc être utilisées contre la COVID-19 mais également contre de futurs coronavirus émergents. Pour ces travaux, l’Institut Pasteur de Lille utilise les technologies les plus modernes et les outils de la chimie médicinale, de la biologie structurale, et de la génomique. Ces nouveaux médicaments nécessiteront un développement préclinique puis des essais cliniques chez l’homme.

  1. Repositionner un vecteur vaccinal contre le SARS-CoV-2 

L’objectif est de développer un candidat vaccin spécifique au nouveau coronavirus SARS-CoV-2 en intégrant des antigènes soigneusement sélectionnés.

On estime qu’il faudra une immunité collective d’environ 70% de la population pour que le virus arrête ou diminue sa dynamique de circulation. « C’est pour cela qu’il est très important de trouver un vaccin pour augmenter l’immunité collective » explique le Dr Camille Locht. L’équipe  de ce chercheur a développé une approche originale en se basant sur un nouveau vaccin contre la coqueluche, autre maladie respiratoire causée par une bactérie. Ce vaccin est un vaccin vivant atténué applicable par voie nasale. Il est actuellement au stade de développement clinique phase 2 et a montré sa sécurité et son efficacité contre l’infection par le germe de la coqueluche. Par ailleurs, de nombreuses études précliniques ont montré que ce vaccin a des propriétés anti-inflammatoires. « Il est aussi capable de protéger de manière non-spécifique contre d’autres agents responsables de maladies respiratoires, tels que le virus de la grippe ou le virus respiratoire syncytial » souligne le Dr Camille Locht. L’originalité de cette approche consiste à combiner les propriétés anti-inflammatoires de ce candidat vaccin avec sa capacité d’induire des réponses immunitaires locales dans les voies respiratoires, porte d’entrée du SARS-CoV-2. Ce vaccin a l’avantage d’être peu coûteux à produire, administrable par voie nasale sans seringue et stable à +4°C. 

  1. Evaluer l’efficacité du BCG contre la Covid-19 

L’objectif est de réaliser des essais cliniques visant à évaluer l’efficacité  du vaccin BCG contre la Covid-19.

Le vaccin bilié de Calmette et Guérin, le plus souvent dénommé vaccin BCG, a été conçu et mis au point à l’Institut Pasteur de Lille, il y a environ 100 ans. Ce vaccin vivant a montré des résultats intéressants contre d’autres infections respiratoires et pourrait être un atout contre la Covid-19. Ce vaccin pourrait donc vivre une seconde jeunesse. « Le BCG pourrait avoir un effet bénéfique chez les personnes atteintes de la COVID-19. Le vaccin pourrait atténuer les symptômes de l’infection par le SARS-CoV-2 et prévenir certaines formes graves. « Obligatoire en France jusque 2007, le vaccin BCG constituerait alors une sorte de rappel dans notre pays » précise le Dr Camille Locht. Des essais cliniques, auxquels l’Institut Pasteur de Lille contribue, sont ainsi en cours ou sur le point d’être initiés en Europe, en Amérique Latine, aux Etats Unis d’Amérique, en Australie et en Afrique du Sud, afin de déterminer l’efficacité du vaccin sur la COVID-19.

« Le BCG, vaccin universel contre la tuberculose, a sauvé des millions de vies sur la planète. C’est un vaccin qui a beaucoup apporté à l’humanité. Ce serait magnifique qu’il puisse contribuer à atténuer les conséquences de l’infection par le SARS-CoV2, aux côtés d’autres traitements » souligne le Pr Xavier Nassif, Directeur Général de l’Institut Pasteur de Lille. 

Visite de la ministre de la Recherche à l’Institut Pasteur de Lille – Jeudi 28 mai 2020

Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, était jeudi 28 mai à l’Institut Pasteur de Lille pour rencontrer la TASK FORCE COVID-19 et saluer l’engagement et la mobilisation des chercheurs.
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Les travaux de l'Institut Pasteur de Lille sur les coronavirus

L’équipe du Dr Jean Dubuisson travaille depuis plusieurs années sur les coronavirus, comme le MERS. Les recherches visent à caractériser les interactions des coronavirus avec les cellules afin de mieux comprendre leur cycle viral et de pouvoir identifier des cibles antivirales. Cette stratégie pourrait déboucher sur la découverte de médicaments innovants contre les coronavirus émergents.

L’Institut Pasteur de Lille travaille sur le repositionnement de molécules en utilisant des molécules déjà utilisées pour d’autres maladies et qui pourraient apporter une réponse thérapeutique pour ce nouveau coronavirus. Leurs travaux devraient permettre d’accélérer la mise au point de traitements et stopper la pandémie. 

Sandrine Belouzard explique « Nous avons sélectionné des molécules antivirales et les avons testées sur le virus MERS-CoV qui est aussi un coronavirus. Il est essentiel de développer des médicaments antiviraux jusqu’à ce que le vaccin soit prêt. Nous étudions comment cet agent pathogène – apparu au Moyen-Orient – entre dans la cellule et en ressort. La compréhension de ce mécanisme est très précieuse pour se faire une idée précise du mode opératoire du SARS-CoV-2, l’agent de la COVID-19. »

Les coronavirus sont de grands virus à ARN à brin positif appartenant à la famille des Coronaviridae. Ils englobent un grand nombre d’espèces infectant un large éventail d’espèces animales. Les coronavirus humains sont responsables de nombreux cas de rhume banal saisonnier, dont l’impact économique et social est probablement sous-estimé.

De plus, les coronavirus humains qui sont généralement associés à des maladies bénignes peuvent provoquer de graves infections des voies respiratoires dans des populations fragiles (nouveau-nés, personnes âgées, personnes présentant des comorbidités (obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires) et personnes immunodéprimées). Les coronavirus animaux sont souvent très infectieux et sont principalement responsables des maladies entériques et respiratoires chez les animaux domestiques. Leurs taux de mortalité élevés entraînent une charge économique mondiale importante. Jusqu’en 2003, les coronavirus n’étaient pas considérés comme une menace majeure pour la santé humaine.

La situation a changé depuis lors, avec l’émergence de coronavirus hautement pathogènes, à savoir le SRAS-CoV en 2002-2003, le MERS-CoV en 2012 et le SARS-CoV-2 en 2019. Ces trois coronavirus ont émergé de réservoirs zoonotiques et ils provoquent souvent des infections respiratoires mortelles chez l’homme. L’identification récente de plusieurs milliers de coronavirus chez les chauves-souris suggère que d’autres virus de cette famille pourraient également émerger en tant que nouveaux agents pathogènes humains. En l’absence de traitement spécifique, il est essentiel de mieux comprendre comment ces virus exploitent la machinerie cellulaire pour leur propagation afin d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.

Les objectifs actuels de l’équipe sont (i) d’étudier les mécanismes d’entrée et d’assemblage des coronavirus avec un accent particulier sur le MERS-CoV et le SARS-CoV-2, (ii) d’identifier de nouveaux facteurs hôtes impliqués dans le cycle infectieux des coronavirus et (iii) d’identifier et de caractériser de nouvelles molécules antivirales. Outre une meilleure compréhension du cycle de vie des coronavirus, ce programme de recherche a un objectif clairement affiché de développer de nouveaux traitements contre ces virus émergents.

Les experts de l’Institut Pasteur de Lille :

  • Sandrine Belouzard – Virologie moléculaire et cellulaire des coronavirus – CIIL
  • Dr Anne Goffard – Virologie moléculaire et cellulaire des coronavirus – CIIL
  • Dr Karin Séron – Virologie moléculaire et cellulaire des coronavirus – CIIL
  • Dr Jean Dubuisson – Virologie moléculaire et cellulaire des coronavirus – CIIL
  • Pr Benoît Déprez – Directeur Scientifique et Directeur du Drug Discovery Center
  • Pr Daniel Camus – Médecin au Centre de prévention et d’éducation pour la santé de l’Institut Pasteur de Lille

Contacts chercheurs et médias : presse@pasteur-lille.fr

 

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